Vendanges au Domaine des Brumes : quatre semaines ouvrier avant d'être photographe
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Il y a des projets qu'on ne peut pas faire à froid.
Les vendanges au Domaine des Brumes en font partie.
Pas parce que le sujet est complexe. Parce que ce qui se passe dans les vignes, entre les rangs, pendant les pauses, au moment où personne ne pose pour personne : ça ne se photographie pas en débarquant un matin avec un appareil autour du cou.

Comment ce projet est né
Une amie s'était inscrite pour vendanger. J'avais toujours voulu voir ce que c'était de l'intérieur. J'ai contacté Lucile pour m'inscrire comme ouvrier agricole, pas comme photographe.
Dans la foulée, je lui ai présenté l'idée : documenter ces vendanges, mettre en images ce moment fort et clef dans la vie d'un domaine viticole. Elle a dit oui.
Ce que je ne savais pas encore à l'époque : c'était la première récolte du Domaine des Brumes. Lucile et Dorian venaient de racheter le domaine. Ils se lançaient à leur compte. Ils passaient en bio complet. Tout était nouveau, tout était en jeu.
On ne documentait pas des vendanges. On documentait un démarrage.
Trois semaines sans appareil
Ma première mission était claire : vendanger. Pas photographier.
J'ai donc travaillé. Levé brumeux, rangs à n'en plus finir, sécateur en main du matin jusqu'à ce que la lumière tombe. Pendant trois semaines, j'étais membre de l'équipe. Pas observateur. Pas invité. Membre.
C'est pendant ce temps-là que j'ai compris les rituels. Le matin, en arrivant dans les parcelles, chacun·e retrouvait son sécateur. Un geste anodin en apparence. Sauf que non. Le sécateur, c'était presque le fil rouge de la journée. On prenait ses habitudes, on reconnaissait le sien, on savait ce qu'une lame bien affûtée changeait sur huit heures de coupe. Attraper un sécateur rouillé par erreur un matin, et la journée entière devenait pénible.
Ce genre de détail ne s'invente pas. Et on ne le voit pas si on n'a pas les mains dans la vigne.
J'ai appris le rythme. Les pauses café au milieu des parcelles, debout entre les rangs. Les moments de solitude sur sa ligne, la tête dans les grappes, sans parler à personne pendant une heure. Et puis les discussions profondes qui s'engagent quand on est côte à côte et que les mains travaillent sans qu'on y pense. On crache les grains de raisin qu'on goûte toute la journée. On regarde le ciel. On calcule ce qui reste.
C'est dans ce quotidien-là que j'ai commencé à voir.
La quatrième semaine
C'est en fin de troisième semaine que j'ai commencé à sortir l'appareil, progressivement, entre deux rangées.
Lors de la dernière semaine, j'en ai parlé avec Lucile et Dorian : est-ce que je pouvais passer en mode photo à temps plein ? Quelques demi-journées pour capturer ce que je n'avais pas encore saisi. Quitter les vignes et suivre ce qui se passait au chai, une fois les raisins récoltés.
Ils ont dit oui.

Je n'étais plus ouvrier agricole. Mais pour l'équipe, j'étais toujours des leurs. Pas un étranger avec un appareil. Quelqu'un qui avait partagé les mêmes gestes, les mêmes pauses, les mêmes rangs. Et je crois que c'est exactement ce qui a permis de capturer ce que j'ai capturé.
Les corps au travail sans performance. Les mains dans la vigne sans conscience de l'objectif. L'énergie d'une première récolte vécue de l'intérieur, pas mise en scène.
Lucile et Dorian

Ils auraient pu être propriétaires et rester à distance. Ils ne l'ont pas été une seule journée.
Aucune hiérarchie affichée, aucune posture. Des gens passionné·es du vin et de la terre, qui transmettent cette passion naturellement, sans effort visible. L'équipe entière semblait aussi investi·e qu'eux dans la réussite de cette récolte. La première. Celle qui comptait double.
À la fin des vendanges, ils ont offert deux bouteilles à chacun·e. Ces bouteilles-là, c'est de la récolte qu'on avait faite ensemble.
Ce sont des gens qui vivent au coeur de leur singularité. Et ça se voit dans les images.
Deux ans plus tard, je suis repassé voir Lucile pour récupérer du vin. On a parlé deux heures. De l'évolution du domaine, de leur rythme, de leur vie. Rien de professionnel. Juste deux personnes qui se racontent où elles en sont.
Ce que ce projet m'a appris
Le reportage métier que je pratique aujourd'hui à Nantes et en Loire-Atlantique est directement construit sur ce que j'ai compris pendant ces quatre semaines.
On ne photographie pas un savoir-faire en deux heures. On le comprend d'abord. On observe. On écoute. On s'intègre autant que le projet le permet. Et c'est seulement à partir de là que les images deviennent justes.
C'est ce que je cherche dans chaque projet. Pas l'image belle. L'image juste.
Aujourd'hui, le Domaine des Brumes utilise ces images pour l'ensemble de sa communication. Le site, les portraits, les publications Instagram. Des photos nées de quatre semaines dans la vigne qui habillent maintenant la vitrine d'un domaine qui continue de grandir.
C'est sans doute ce qui me rend le plus fier sur ce projet. Pas la technique. Le fait que ces images tiennent dans le temps. Qu'elles continuent de raconter quelque chose de juste, des mois après la récolte.
Si vous voulez que vos images racontent votre métier depuis l'intérieur, parlons-en.





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